[DIGITAL Business Africa] – Plus de quarante jours de jeûne numérique. Et un argument refuge de plus qui ne passe. Le ministre de la communication, Germain Biahodjow, lors d’un point de presse ce 1er avril 2026, a dénoncé la mauvaise foi des GAFAM, qui selon lui ne rapporte pas grand-chose à l’économie gabonaise.
« En dehors de quelques individus qui monétisent leuRs contenus, l’État ne perçoit ni redevance ni impôt sur l’activité de ces géants du numérique », dit Germain Biahodjow.
Une déclaration empreinte de sophisme. Puisque dès la suspension des réseaux sociaux par l’exécutif le 17 février, une justification autre que la non rentabilité de ces plateformes avaient été fournie.
La Haute Autorité de la Communication (HAC) avait justifié la mesure par la nécessité de lutter contre les “dérives numériques” : diffamation, cyberharcèlement et propagation de fausses informations menaçant la cohésion sociale.
Même si les plateformes numériques mises en causes ne rapportent rien à l’ économie du pays, il faut souligner que le droit à l’accès au numérique n’est pas subordonné à un quelconque gain. C’est un droit fondamental ! Il est encadré par l’Ordonnance n°0006/PR du 12 août 2025. Un texte majeur au Gabon réglementant la digitalisation du pays
L’ordonnance vise à moderniser le cadre légal pour une gouvernance numérique, sécuriser les données et accélérer la transformation numérique de l’État, témoignant d’une refonte numérique.
Le Pacte numérique mondial des Nations unies, outil de promotion de l’inclusion numérique, interpelle tous les dirigeants.
“Le numérique peut nous permettre d’accélérer la réalisation du Programme 2030. Nous devons faire en sorte que tout le monde puisse avoir accès au numérique dans des conditions de sécurité et à un coût abordable.
For ces deux cadre légaux, la rôle des réseaux sociaux dans la gouvernance numérique reste crucial. Ils agissent à la fois comme des outils de participation citoyenne, de communication institutionnelle et de mobilisation sociale. Il serait donc saugrenu de priver tout un peuple de ces outils du fait de la mauvaise conduite de certains abonnés. Sinon, à quoi servirait la loi n°027/2023 du 12 juillet 2023 au Gabon, portant réglementation de la cybersécurité.
Cette loi réprime sévèrement la diffamation, les injures et les menaces en ligne (réseaux sociaux, e-mails, sites web). Les auteurs risquent jusqu’à 10 ans d’emprisonnement et des amendes allant jusqu’à 30 millions FCFA, notamment en cas de propos haineux ou discriminatoires
Le Gabon est coutumier des suspension de ce genre. En août 2023, lors de la présidentielle, ou en 2016 et 2019, le pays avait connu des coupes similaires pour juguler les tensions, selon les autorités.
La sortie du ministre de la Communication ne cadre donc pas avec celle du régulateur. Une dissonance de points de vue qui alimentent la rumeur selon laquelle la suspension des réseaux sociaux au Gabon reste le fait d’un caprice personnel. Cependant dans son point de presse, le ministre de la Communication, Germain Biahodjow, a annoncé le retour progressif de ces plateformes qui ont été privés aux Gabonais.
« Toutes les mesures nécessaires sont actuellement mises en œuvre, en coordination avec les autorités compétentes, afin de rétablir progressivement un accès normal aux réseaux sociaux, dans un cadre mieux encadré et plus responsable », a-t-il dit.
Plusieurs sources rapportent que ce retour se fera de manière séquencée. L’accès aux plateformes de messagerie et de partage de contenu sera rétabli par paliers. Un protocole qui vise à prévenir toute saturation technique mais aussi à s’assurer que cette liberté retrouvée ne serve pas de vecteur à d’éventuels troubles à l’ordre public.
Par Jean Materne Zambo
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