Selon l’Ong Prisonniers sans frontières, plus de 20% des personnes incarcérées au Cameroun ne sont pas condamnés.
Au Cameroun, les lenteurs judiciaires sont plutôt courantes. Edmond Atemengue Etoga, promoteur de l’Ong Prisonniers sans frontières affirme qu’il connaît plusieurs cas de personnes incarcérées depuis près d’une dizaine d’année, mais qui n’ont toujours jamais été jugées. « A.B. par exemple est placé en détention provisoire depuis 2001 », affirme-t-il. D’autres prévenus ne savent même pas s’ils seront un jour jugés. Les dossiers de nombreuses personnes en détention provisoire n’existent plus, en effet. Selon Edmond Atemengue Etoga, plus de 20% des prisonniers au Cameroun ne sont pas condamnés faute d’argent. Ces derniers sont ainsi abandonnés à eux-mêmes, sans soutien juridique faute d’argent. En effet, la majorité de ces prisonniers n’ont pas assez de moyens financiers pour payer les honoraires d’un avocat.
Pour avoir flirté avec le système judiciaire camerounais, Edmond Atemengue Etoga donne une explication aux lenbteurs juridiques au niveau des magistrats. « Je crois que les magistrats ont très peu d’intérêt à traiter les affaires des prisonniers. Je les comprends aussi, puisque moi-même j’ai été greffier. Il y a très peu de magistrats pour de nombreux dossiers. Plus encore, les magistrats ne sont pas spécialisés. Tous les magistrats traitent de tous les dossiers, ce qui n’est pas une bonne chose », rélève-t-il.
Face à cette situation, ce sont les personnes incarcérées sans jugement qui souffrent. « Quand un prisonnier se rend compte que son dossier n’avance pas, il est psychologiquement malade. Et il ne guérit que lorsqu’il est jugé », affirme Edmond Atemengue Etoga.
Cependant, une once d’espoir apparaît parfois. Notamment, grâce aux religieux. La sœur Jacky Atabong de l’Eglise catholique affirme avoir obtenu, en 2008, le jugement de 130 personnes incarcérées sans condamnation. Elle a en effet bénéficié du programme « Challenge Fund » du Haut commissariat de la Grande-Bretagne au Cameroun. Avec l’argent reçu (huit millions de francs Cfa), elle a payé les avocats qui se sont chargés, non seulement des dossiers abandonnés et perdus des personnes incarcérées à la prison de New Bell à Douala, mais aussi des prisonniers ayant déjà purgé leur peine, mais restés en détention.
Les lenteurs judiciaires au Cameroun ne se limitent pas au niveau des magistrats. Des avocats soutiennent que les lenteurs judiciaires proviennent également des greffiers, des huissiers de justice ou encore des officiers de Police judiciaire. Quant aux victimes de ces lenteurs, ce ne sont pas seulement des personnes incarcérées sans jugement, mais aussi les personnes concernées par les affaires les plus courantes en justice.
Beaugas-Orain Djoyum




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