[DIGITAL Business Africa] – Une publication largement relayée sur Facebook le 13 janvier 2026 affirme qu’à l’occasion du lancement officiel du Budget de l’État 2026 à Ngaoundéré (Cameroun), « les créateurs de contenus et autres utilisateurs des réseaux sociaux payeront désormais les impôts en fonction des publicités, des revenus générés et du nombre d’abonnés ». Cette affirmation attribuée au ministre des Finances, Louis-Paul MOTAZE, est fausse et ne repose sur aucune disposition de la loi de finances 2026 du Cameroun.
Bien que Digital Business Africa ait déjà apporté des éléments de clarification sur cette question (lire l’article : Cameroun : Créateurs de contenu et influenceurs dispensés de la taxe de 3% sur le numérique au contraire de ces entreprises), de nombreux internautes continuent de s’interroger et de nous interroger, tandis que plusieurs influenceurs et commentateurs publient des analyses souvent approximatives.
Digital Business Africa le réaffirme : aucune taxe spécifique sur les influenceurs n’a été introduite par la loi de finances 2026.
Une citation attribuée à tort au ministre des Finances
Contrairement à ce que laisse croire le visuel diffusé sur les réseaux sociaux, partagé plusieurs fois sur différents comptes, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, n’a jamais tenu de tels propos lors de la cérémonie officielle de lancement du Budget 2026 à Ngaoundéré.
À aucun moment de son allocution, le MINFI n’a évoqué :
- une taxation spécifique des influenceurs ;
- un impôt calculé sur le nombre d’abonnés ;
- ou une nouvelle mesure ciblant directement les créateurs de contenu sur les réseaux sociaux.
Par ailleurs, nulle part dans la loi de finances 2026 n’est prévue de taxe spécifique visant les influenceurs et les créateurs de contenu.
Il s’agit donc d’une citation fabriquée ou déformée, sans fondement juridique ni institutionnel.
Un discours public, intégralement accessible
Pour lever toute ambiguïté, il convient de rappeler que l’intégralité du discours du ministre des Finances est accessible au public. La cérémonie de lancement du Budget de l’État pour l’exercice 2026 a été retransmise en direct sur la page Facebook officielle du ministère des Finances, grâce au dispositif de couverture et de diffusion assuré par ICT Media STRATEGIES.
Les internautes peuvent ainsi :
- revoir la totalité de l’allocution du ministre ;
- vérifier par eux-mêmes les propos effectivement tenus ;
- constater qu’aucune annonce relative à la taxation des influenceurs n’y figure tout au long des cinq heures environ de la cérémonie.
Revoir l’intégralité de cette cérémonie en cliquant ici
Dans le cadre de ce travail de vérification, Digital Business Africa a également contacté des responsables de la Direction générale des impôts, qui ont confirmé qu’aucune disposition fiscale ne prévoit une telle taxe dans les textes régissant l’exercice budgétaire 2026 au Cameroun.
Ce que dit réellement la loi de finances 2026
L’analyse des articles clés de la Loi de finances 2026, notamment les articles 5, 17, 21, 21 et 23 du Code général des impôts tel que modifié, montre que la réforme porte exclusivement sur la taxation des entreprises du secteur numérique, en particulier les plateformes numériques étrangères, à travers la notion de présence économique significative, et notamment les revenus issus de la publicité en ligne.
À ce titre, la loi de finances 2026 introduit un régime fiscal spécifique applicable aux entreprises étrangères du secteur numérique, lorsqu’elles réalisent des revenus sur le territoire camerounais, même en l’absence d’établissement physique.
La loi en son article 17 dispose expressément que :
« L’impôt sur les sociétés dû par les entreprises du secteur numérique disposant d’une présence économique significative au Cameroun est liquidé par application du taux de trois pour cent (3 %) au montant total des revenus bruts réalisés sur le territoire camerounais. »
Cette disposition vise directement les plateformes numériques étrangères qui tirent des revenus du marché camerounais, notamment à travers :
- la publicité en ligne ;
- la fourniture de services numériques ;
- l’exploitation de données et d’audiences locales.
Il s’agit donc d’un impôt sur les sociétés aménagé, calculé non pas sur le bénéfice net, mais sur le chiffre d’affaires brut réalisé au Cameroun, afin de tenir compte des spécificités de l’économie numérique et des difficultés de localisation des profits.
En revanche, les termes « influenceur », « créateur de contenus », « youtubeur » ou « tiktokeur » n’apparaissent nulle part dans la loi de finances 2026. Aucune disposition ne prévoit une taxation spécifique des individus en fonction du nombre d’abonnés, de la visibilité ou de l’audience sur les réseaux sociaux.
Plateformes numériques versus créateurs de contenus
En effet, la réforme vise clairement des acteurs tels que Meta, Google, TikTok, X, YouTube ou LinkedIn, qui génèrent des revenus publicitaires au Cameroun. Elle ne crée :
- ni taxe spécifique sur les influenceurs ;
- ni régime fiscal fondé sur le nombre d’abonnés ;
- ni obligation nouvelle ciblant les utilisateurs des réseaux sociaux.
Les créateurs de contenu demeurent soumis, comme tout citoyen ou entrepreneur, aux règles fiscales de droit commun lorsqu’ils perçoivent des revenus. Cette situation existait bien avant 2026 et ne constitue en rien une nouveauté introduite par la loi.
Une démarche assimilable à une manipulation de l’opinion
Selon les analyses d’ICT Media STRATEGIES, la publication incriminée « s’apparente clairement à une logique de manipulation de l’opinion, dès lors qu’elle attribue au ministre des Finances des propos qu’il n’a jamais tenus, tout en passant sous silence le cadre juridique réel de la loi de finances 2026 ».
ICT Media STRATEGIES souligne qu’« il ne s’agit pas d’une simple approximation, mais d’une altération du sens du discours public, d’autant plus problématique que les auteurs de la publication étaient présents à la cérémonie officielle de lancement du Budget 2026 à Ngaoundéré ».
« Tronquer ou réécrire les propos d’un membre du gouvernement, alors que le discours est public, enregistré et intégralement accessible, ne relève pas d’une pratique journalistique ou professionnelle, mais d’une construction narrative destinée à susciter l’émotion, l’inquiétude ou la polémique », analyse ICT Media STRATEGIES.
Dans un contexte aussi sensible que celui de la fiscalité du numérique, « la responsabilité des leaders d’opinion et des communicants est engagée. La désinformation, volontaire ou non, fragilise la confiance du public et brouille le débat public ».
Digital Business Africa, votre plateforme d’informations stratégiques sur les TIC, les télécoms et le numérique en Afrique, poursuivra son travail de décryptage rigoureux, fondé sur les textes officiels et les faits vérifiables, afin d’informer, comme toujours, les décideurs et les professionnels du numérique sur les enjeux du numérique, tout en luttant contre la désinformation liée aux politiques publiques et à la transformation numérique.
Par Digital Business Africa
L’intégralité de cet article écrit et publié en premier sur Digital Business Africa






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