Alain Fogué : «Une initiative uniquement française»

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26 Mai 2009 | ACTUALITÉS, News | 0 commentaires


Spécialiste des questions de défense et de sécurité, il analyse les accords signés par l’Etat du Cameroun et la France le 21 mai dernier.

Avec la signature de l’accord sur « la gestion concertée des flux migratoires et le développement solidaire » le Cameroun n’a-t-il pas signé le départ des intellectuels qu’il a formés au profit de la France ?
Non. On ne peut pas le dire pour la simple raison que l’offre française qui s’inscrit dans une demande globale de l’Union européenne est une offre qui, sans le proclamer, vise à endiguer l’invasion des pays de l’Europe par les populations désœuvrées des pays d’Afrique. Le concept d’immigration choisie est une subtile réponse de l’Europe et de la France aux critiques généralement démesurées portant sur l’égoïsme des pays européens face aux misères et aux souffrances des Africains. Sans être économiquement prêts à accueillir une masse d’Africains de plus en plus nombreuses à émigrer vers leur territoire à la recherche d’un hypothétique bonheur maté, les pays de l’Union européenne tiennent, à travers ce concept d’immigration choisie, à entretenir parmi les masses africaines l’illusion d’une certaine générosité. Ceci sans pour autant revenir sur leur décision de ne pas être le réceptacle de toutes les misères venues d’Afrique. Ce qu’il faut que les Africains et Camerounais comprennent c’est que, contrairement aux apparences et déclarations, les visas d’entrée en France ne seront pas servis au premier venu et à tous ceux qui manifesteront le désir d’aller en France. Que les intellectuels se ravisent, ils auront les mêmes difficultés pour aller en France.


Cet accord prévoit une liste de 66 professions qui ne sont pas définies…

L’accord concerne un certain nombre de métier. En général, ce sont des métiers dans lesquels la France manque cruellement de main d’œuvre. Ce sont des métiers peu qualifiés ou qui n’ont pas du tout de qualification. Par conséquent, les Camerounais doivent intégrer le fait que l’accord sur l’immigration choisie est un argument politique dont a besoin la France pour avoir des coudés franches contre l’immigration clandestine camerounaise en France. Dans ce cadre, les huit milliards de francs Cfa représente simplement le prix que paye la France pour obtenir des autorités camerounaises de cautionner, voire de l’appuyer dans sa guerre contre les émigrés clandestins originaires du Cameroun. Nous nous réjouissons de la signature de cet accord, mais nous devons nous attendre à accueillir à l’aéroport de Nsimalen les frères, sœurs, enfants, parents, victimes de l’application de cet accord.

Certains pays africains comme le Sénégal ont tout de même refusé de signer cet accord sur l’immigration choisie que le Cameroun vient de signer…

Le Mali aussi a refusé de signer cet accord. Dans d’autres pays ces accords ont été renégociés par les autorités locales, car elles mesuraient par anticipation le coût social, politique, financier et économique de la mise en application de ces accords dans leurs pays.

Ce qui semble-t-il n’a pas été le cas pour Cameroun…
Je ne sais pas ce qui s’est passé au Cameroun. Pour les huit milliards de francs Cfa encaissés par l’Etat du Cameroun, il faudrait définir la masse d’argent envoyé au pays par les Camerounais séjournant clandestinement en France qui vont être les premières victimes de la mise en application de ces accords pour savoir si c’était un accord qu’il fallait signer.

Selon le Premier ministre français, l’accord sur la défense conjointement signé par le Cameroun et la France a pour vocation de « soutenir l’architecture de la paix et de la sécurité » avec l’aide de l’Union européenne. Qu’est-ce qui va changer au Cameroun ?
Avant toute chose, il faudrait que les Camerounais sachent qu’à Bruxelles les pays de l’Union européenne acceptent de moins en moins que la France entretienne un pré carré en Afrique. Cette réalité a des implications sur les rapports entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique en matière de défense. La France est donc, depuis quelques années, invitée par ses partenaires européens à transférer à Bruxelles, plus précisément à l’Union européenne occidentale (Ueo) son contrôle militaire sur son pré carré africain. On peu constater à ce titre que le Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix (Recam) qui, à sa conception se voulait un projet essentiellement français, s’est ouvert à l’Union européenne.
C’est prenant en compte cette exigence de plus en plus forte de Bruxelles que dans le Livre blanc sur la défense publiée l’année dernière en France, Paris a annoncé sa décision de garder désormais sa liberté d’appréciation de l’opportunité d’intervention dans le cadre des accords de défense qui lient la France à ses anciennes colonies. Cette disposition du Livre blanc énonçait l’accord de coopération de nouvelle génération qui vient d’être signé à Yaoundé.


Concrètement qu’est ce qui va changer au Cameroun dans le cadre de la coopération militaire avec la France ?

En fait, dans ses accords, la principale innovation c’est la volonté de la France d’intégrer les critiques très nombreuses sur son pré carré africain. Paris recule face à ces critiques qui viennent aussi bien d’une partie de l’élite française, de ses partenaires Européens, de l’Union africaine, et plus généralement de la communauté internationale, sans pour autant donner l’impression que cette posture lui est imposée par l’évolution de l’histoire diplomatique. C’est ainsi que les autorités françaises, après signature de ces accords semblent découvrir sur le tard, que les anciens accords comportaient une forte dimension paternaliste et bridait l’indépendance de leurs anciennes colonies d’Afrique.
Il faut souligner que les accords signés le 21 mai sont pour la partie française le résultat d’une action finalisée, c’est-à-dire calculée. Ces accords prennent en compte le positionnement de la France au sein de l’Europe, intègrent la nouvelle donne géostratégique en Afrique et gèrent au mieux l’offensive des grandes puissances dans ce qui était jadis le pré carré de la France. Du côté camerounais, on a l’impression que, comme par le passé, ces accords sont une initiative uniquement française. En effet, on n’a pas connaissance de débats sur une évaluation globale de la coopération entre le Cameroun et la France de 1958 à nos jours en général et spécifiquement sur l’évaluation de la coopération en matière de défense entre Paris et Yaoundé. Le Livre blanc dont l’une des dispositions annonce les accords qui viennent d’être signés est le résultat d’un large débat entre les parlementaires, les universitaires et la société civile.


Ces accords riment-ils avec la politique de rupture prônée par Nicolas Sarkozy ?

On ne peux pas dire que ces accords de coopération dits de nouvelle génération s’inscrivent dans la très vague idée de rupture avec les pratiques de la Françafrique lancée dans le brouhaha de la campagne par M. Sarkozy. En effet, la France, comme tout autre pays stratégiquement émancipé, ne peux se priver des opportunités multiples qu’offrent les Etats africains en raison de leur incapacité presque structurelle à s’inscrire dans la dialectique des intelligences qui organisent la scène internationale.

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