Pourquoi le budget d’investissement public au Cameroun n’est-il pas assez consommé ?
Il y a des éléments qui favorisent la sous consommation budgétaire. Les procédures sont très complexes.
Il y a les procédures des bailleurs de fonds qui, en plus des procédures des marchés publics camerounais, rendent le processus extrêmement long pour obtenir l’utilisation de ces fonds. Cela est factuel, mais pourquoi ? Parce que les bailleurs de fonds n’avaient pas confiance au système camerounais. Ils faisaient, en plus des procédures de contrôle au Cameroun, leur propre contrôle. Ceci afin qu’il y ait moins d’extravagance pour le certificat de non-objection des bailleurs de fonds.
Que faut-il faire selon vous pour mieux consommer ce Bip ?
Le président Paul Biya dans ses discours oblige à ses ministres la consommation du Bip. Je ne comprends pas pourquoi ils ne le font pas. C’est vrai qu’il y a des déperditions et des évaporations des fonds. Dans certains cas, certains cherchaient d’abord comment ils allaient «manger » avant de lancer les appels d’offres.
La première solution c’est la programmation. On ne peut pas décider de construire une route sans qu’il y ait programmation. Cette programmation fait appel à des fonds publics et à ceux des bailleurs de fonds. Dès que l’appel d’offres est programmé, il est répertorié dans le système informatique, rubrique programmation des travaux. Il ne peut donc plus y avoir des appels d’offres qui apparaissent ex nihilo. Cela ne sera plus possible, car il y aura l’information ; c’est désormais possible via le net (primo.armp.cm, ndlr). A présent, les ayants droit auront l’information. Une entreprise qui n’est pas attributaire d’un marché a accès aux documents et peut faire recours. Les bailleurs de fonds également. Avant, c’était difficile. Entreprises, commissions de passation de marchés, maîtres d’ouvrages, bailleurs de fonds, entre autres, ont accès à l’évolution du dossier. A chaque niveau, ces derniers vont pouvoir faire recours si nécessaire. Dans le même temps, on a constaté qu’il y avait des appels d’offres qui étaient lancés quand les travaux étaient déjà effectués, car les délais de transmission des petits marchés étaient très longs. Il n’y a plus d’acte de régulation possible si le marché est effectué. Actuellement, le processus est inverse. Dès qu’un appel d’offres est lancé, le document est numérisé, tout le monde peut y avoir accès et un acte de régulation peut être pris.
A quelle étape intervient la corruption dans le processus de lancement des marchés publics ?
Il y a une corruption qui consiste à détourner des fonds qui passent par les paradis fiscaux et n’arrivent même pas au Cameroun. Une autre forme de corruption, c’est la surfacturation. Le plus important, c’est le détournement des fonds. A ce niveau, je n’ai pas de chiffres. Ce que nous pouvons dire, c’est qu’avec les procédures qui ont été mises en place, notamment avec l’informatisation des données, le circuit d’information sera clair et l’on aura la possibilité de lutter contre les détournements et les surfacturations. Tous les acteurs des marchés publics pourront s’en servir. Nous en avons déjà l’assurance depuis près de trois ans. Il faut donc qu’il y ait un cadre de bonnes pratiques. Et il faut qu’on dispose de moyens pour contrôler ces bonnes pratiques. C’est ce que nous avons fait à travers notre plateforme.
Que faut-il faire pour que les délais d’exécution des marchés publics soient toujours respectés par les entreprises ?
Dans nos études sur les délais des marchés, nous avons constaté qu’il y avait de longues procédures qui aboutissaient par exemple à l’attribution d’un marché de construction de route en période de pluie. Il n’était plus possible de travailler. On a aussi vu des marchés attribués, mais dont on attendait les certificats de non-objection des bailleurs de fonds qui arrivaient cinq ou sept mois après. Il y avait aussi des marchés attribués dont l’entreprise attributaire n’avait pas reçu l’ordre de service de début des travaux neuf mois après l’attribution du marché. Il n’y a donc pas un responsable particulier. ; il y a un ensemble de responsables.
Les bailleurs de fonds constituent donc également un frein au développement…
Quand les bailleurs de fonds effectuent des contrôles sur des contrôles qui ont déjà été faits par le gouvernement, vous voyez que cela perd du temps pour rien. Il faut donc raccourcir les délais en donnant l’information, c’est déjà fiabiliser l’information.






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