Depuis le 08 juin 2009, Hanan Golder-Goldberger est le nouveau chargé d’affaires de l’ambassade d’Israël au Cameroun. Au cours d’une visite de courtoisie le 24 juin 2009 au quotidien Le Jour, le diplomate israélien s’est exprimé sur les relations entre les deux pays. Mais, surtout, il est revenu sur la paix précaire entre Israéliens et Palestiniens.
Vous êtes le nouveau chargé d’affaires de l’ambassade d’Israël au Cameroun. Quelle appréciation faites-vous de la coopération entre les deux pays ?
Certains Camerounais sont fiers de leur pays. Il y a d’un côté, la stabilité sociale, et d’un autre, l’esprit d’ouverture de la population. Ce sont des gens fiers de parler de leur culture. C’est remarquable. La coopération entre le Cameroun et Israël est vieille. Beaucoup a été fait, mais il y a toujours à partager. En 2008, par exemple, 80 Camerounais ont bénéficié de bourses d’études en Israël dans les domaines de l’agriculture, de la santé, de l’éducation et de l’organisation de la femme et de la petite fille. Ces Camerounais s’en vont chercher un savoir qui n’était pas à leur portée. Nous allons octroyer des bourses d’études aux jeunes qui s’intéressent à l’agriculture. Il s’agit de leur apprendre des méthodes de production du lait de vache. Car, vous ne le savez peut-être pas, la même vache qui produit 5 à 10 litres de lait au Cameroun, produit 30 à 40 litres en Israël. Nous avons octroyé des bourses dans le domaine de l’irrigation. Notre pays est semblable à la partie septentrionale du Cameroun. Il y a la sécheresse, le manque d’eau. Nous avons développé à cet effet des méthodes modernes pour retenir l’eau et combattre la sécheresse. C’est ce que nous apprenons à ces Camerounais qui bénéficient de nos bourses. Il y aura davantage de bourses.
Le 14 juin dernier, le Premier ministre israélien a prononcé un discours au Centre Begin-Sadate relatif à l’attitude des palestiniens vis-à-vis de la paix avec Israël. Pensez-vous que la paix soit possible entre Israéliens et Palestiniens ?
Pour la première fois, le Premier ministre israélien a accepté la création d’un Etat palestinien. C’est une bonne nouvelle. Mais, il faut que cet Etat soit démilitarisé. La communauté internationale doit s’impliquer davantage dans la résolution de ce conflit, et c’est là où je pense que l’intervention du président Obama au Caire arrive à point. Israël est prêt à faire des compromis. Israël est prêt à négocier aujourd’hui, demain, n’importe quand.
Cela laisse entendre qu’Israël reconnaît l’existence d’un Etat palestinien ?
Le Premier ministre qui représente l’Etat d’Israël l’a réitéré la semaine dernière. Nous sommes prêts à faire des compromis. Mais, nous ne sommes pas prêts à sacrifier notre sécurité. Nous respectons la création d’un Etat palestinien, mais, nous n’acceptons pas d’avoir des chars de guerre et des obus à nos frontières. Raison pour laquelle nous insistons sur la création d’un Etat démilitarisé. Israël est un petit Etat. Il a certainement la dimension d’une seule région du Cameroun. Nous sommes prêts à prendre des risques. Mais, nous ne pouvons pas mettre en péril notre sécurité.
Vous voulez donc que les Palestiniens soient sous votre contrôle… Que la Palestine soit une colonie israélienne…
Pas du tout ! La Palestine aura son armée, ses hôpitaux, ses routes, ses lois, son système éducatif… Mais, pour cela, nous n’allons pas leur donner de l’argent. Les Palestiniens iront eux-mêmes chercher leurs financements. La seule limite c’est qu’ils ne doivent pas disposer d’une artillerie lourde. Notre police n’ira pas chez eux. Bien sûr, il ne faudrait pas que la leur vienne s’immiscer dans nos affaires. S’ils font venir une armée étrangère sur leur territoire, c’est un risque pour Israël. Au cours des 60 dernières années, il y a eu assez de conflits. Si les Palestiniens veulent être souverains, cela ne nous dérange aucunement. Mais, cela ne devrait pas avoir une incidence sur notre sécurité.
Il y a toujours des compromis, des résolutions, mais, à la fin, on se retrouve avec des attaques ?
Dans les années 2000, Israël a fait un recul sur la frontière avec le Liban. Les limites sont fixées par la communauté internationale. En 2005, nous avons quitté le territoire de Gaza. Aujourd’hui, les habitants de ce territoire sont souverains. Il n’y a pas un seul policier israélien derrière eux. 60 000 rockets ont été lancées par les Palestiniens sur les Israéliens. Le compromis est fait par les deux parties pour aboutir à la paix. Mais, quand tu restes chez toi et plus tard tu es réveillé par des bombes, tu commences à te demander à quoi ça t’a servi de faire tant d’efforts. Nous ne voulons pas acheter plus d’armes pour nous battre. C’est pour cela qu’on veut que cet Etat soit démilitarisé.
Vous acceptez la création d’un Etat palestinien libre, mais vous n’acceptez pas que cet Etat possède des armes. Est-ce normal si vous voulez la souveraineté de cet Etat ?
Quel type d’armes ? De simples armes ? Il n’y a pas de problèmes. Mais, si c’est autre chose, nous ne sommes pas d’accord. Nous ne sommes pas prêts à quitter un territoire et le laisser à des gens qui nous créent plus de problèmes. Si c’est pour faire venir des milices iraniennes, nous ne serons jamais d’accord. Je ne parle pas de théorie. Je parle bel et bien des choses qui nous arrivent au quotidien. Quelqu’un s’est assis en Iran et a déclaré qu’il allait effacer de la carte du monde, Israël. Un proverbe hébreu précise que « quand tu laisse ta fenêtre ouverte, les bandits vont pénétrer chez toi». Quand un pays est faible, il est exposé aux prédateurs. Je ne dis pas qu’Israël est faible, mais, démographiquement, nous ne sommes que sept millions d’habitants. Et nous sommes entourés de pays qui comptent des centaines de millions d’habitants. La frontière avec les Palestiniens est telle qu’on est obligé de vivre avec eux. Mais, ils ont toujours prôné la division.
Le Hamas, l’un des mouvements de résistance palestinien avait déjà renoncé aux attentats suicides en 2006. D’où viennent les menaces actuellement?
Vous dites bien en 2006. Je vous dis qu’actuellement, la seule obsession du Hamas est de rayer de la carte du monde l’Etat d’Israël. Il continue de tirer des roquettes. Devons-nous croiser les bras et les voir nous exterminer ? Ce n’est pas possible! Nous les respectons, nous voulons vivre avec les Palestiniens. Mais, on ne veut pas mettre en péril notre sécurité.
Propos recueillis
par Irène Gaouda
et Beaugas-Orain Djoyum




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